Il était une fois en Amérique

juillet 31st, 2014

Il était une fois en AmériqueTreize ans de préparation pour Sergio Leone, un tournage souvent annoncé et toujours retardé, et enfin la découverte, l’éblouissement, au Festival de Cannes 1985. Se surpassant lui-même, Leone le Grand nous livre ici son meilleur film, le plus complexe, le plus nostalgique, le plus magistralement mis en scène. Et pourtant, quel sujet rebattu ! L’époque de la Prohibition, les histoires de gangsters, de trafics et de règlements de compte, on en est saturés : il n’y a qu’à voir le relatif échec du peu intéressant « Cotton Club» du parrain Coppola. Avec Sergio Leone, c’est tout différent. D’abord, le choix du milieu, celui des truands juifs, qui justifie la reconstitution minutieuse d’un quartier entier du New York des années 20, le «Lower East side». Cette histoire de destins entremêlés est aussi l’histoire du 20» siècle et une réflexion sur le pouvoir dans la société américaine, le tout à travers une énigme policière que le personnage de Robert de Niro va résoudre en plongeant dans le passé (dans son passé). Scénario fabuleux, réalisation superbe, avec des travellings à vous arracher de grands frissons et la musique de l’oncle Morricone par-dessus tout ça, sans oublier une interprétation hors-pair jusque dans les petits rôles, c’est un grand moment de cinéma, on voudrait que ça dure des heures et des heures…

Le limierLe limier

Le film de Mankiewicz est l’adaptation d’une pièce à succès d’Anthony Shaffer (qui est aussi le scénariste de «Frenzy» d’Alfred Hitchcock et… le frère jumeau de Peter Shaffer, l’auteur d’«Amadeus»). Avant de devenir film, «Sleuth» a fait pendant des années les beaux soirs de Broadway et de Londres. Il faut dire que le suspense est rondement mené. Deux personnages semblent jouer à un divertissant jeu d’humiliation, de cruauté, de prise de pouvoir et de déguisement… Mais c’est, en fait, un duel à mort que se livrent ces deux hommes qui se haïssent, ces deux mondes qui se méprisent ! Andrew Wyke (Laurence Olivier) vit dans son manoir et écrit ses romans policiers dans son labyrinthe de buissons. Il a donné rendez-vous à un certain Milo Tindle (Michael Caine), coiffeur pour dames et amant de Mme Wyke. Les deux hommes n’ont rien en commun. L’un s’accroche à ses racines dans un aristocratique et conservateur passé, l’autre est un fils d’émigrés italiens prêt à tout pour réussir son avenir. C’est quasiment le choc de l’ancien et du nouveau monde, de ceux qui «possèdent» et de ceux qui «veulent posséder». Et tout ce psychodrame va se jouer dans un manoir, à l’écart du temps, derrière un jeu de masques apparemment anodin et plein d’humour. Qui va être la marionnette de l’autre ? Qui va tuer qui ? Qui va humilier l’autre ? Qui va tromper l’autre ? «Sleuth» est d’abord un jeu de passe-passe devant lequel on se retrouvent comme des gosses qui n’ont pas vu arriver le coup de théâtre et qui n’ont pas compris le truc… un peu comme dans les romans d’Agatha Christie où il faut trouver le coupable avant le dernier chapitre. Mais c’est aussi un jeu de la vérité assez fascinant, où la violence de mots et de passions devient presque politique ! Il fallait le talent et la subtilité de Mankiewicz pour ne rien perdre de la mécanique d’Anthony Shaffer ! Un régal !