Fenêtre sur cour

août 26th, 2014

Sans doute son chef-d’œuvre absolu. Un film d’une rigueur géographique, psychologique et narrative comme on les recherche chez le Maître Hitch. Un film qui exprime toutes ses grandes obsessions et pulsions ! Un homme, photographe à la jambe plâtrée, coincé sur son fauteuil roulant, dans son appartement. C’est la belle saison, les fenêtres ouvertes et cet homme commence à observer ses voisins, s’enfonçant, sans s’en rendre vraiment compte, dans le piège implacable du voyeurisme. Face à ce personnage, coincé derrière sa fenêtre, Hitchcock construit (et ça a été effectivement construit en studios) une cour intérieure d’immeuble avec toutes ses petites fenêtres devenant autant d’écrans de cinéma projetant simultanément les films des petits drames du quotidien. Mais sur un des écrans (sur une des fenêtres), le trop curieux photographe soupçonne un grand drame : un meurtre. Les indices s’organisent comme autant d’incitations à se lancer dans une enquête qui dissiperait l’ennui de devoir rester cloué sur son fauteuil… Et, là, c’est la peur à l’état brut ! La rougeur d’un bout de cigarette dans la pénombre nous glace sur place d’effroi ! James Stewart a une copine, bon chic-bon genre, qu’il va entraîner dans son petit jeu…Fenêtre sur cour Grâce Kelly, un régal de blonde sensuelle, juste avant de devenir Princesse de Monaco. Mais il y a aussi la bonne, jouée avec une réjouissante santé par Thelma Ritter. Tous trois croient impunément entrer dans l’intimité des gens en se cachant derrière des jumelles ou le viseur d’un appareil photo et découvrent l’enfer. Et nous aussi, parce que Hitch nous y a conduit sans en avoir l’air, inexorablement. En regardant «Fenêtre sur cour», on comprend la fascination et l’influence que le film a exercées sur de nombreux cinéastes… Brian de Palma en tête. «Fenêtre sur cour » nous permet donc de déguster la blonde hitchcockienne par excellence, brûlante à l’intérieur, mais glacée en apparence : Grâce Kelly… avant de jouer les princesses. Elle tournera aussi avec le maître du suspense «La main au collet» et «Le crime était presque parfait». Mais ce «Fenêtre sur cour»sera indéniablement son plus beau rôle. Hitch se consolera de son départ avec Eva Marie Saint puis Tippi Hedren…

La java des ombres

août 11th, 2014

La java des ombresEn 1983, un ancien militant d’extrême-gauche, Xavier, est libéré grâce à l’intervention de M. Jean, nouveau responsable des services secrets. But de la manœuvre : démanteler l’organisation d’extrême-droite Janus. En effet, un tueur de Janus a tué jadis le meilleur copain de Xavier, qui n’a qu’une idée en tête : se venger. L’opération tourne à la catastrophe… Romain Goupil avait évoqué Mai 68 et la période qui suivit dans «Mourir à trente ans», qui impressionna beaucoup au Festival de Cannes en 1982. Il reprend ici les mêmes thèmes, mais à travers une fiction politico-policière qui n’est pas absolument convaincante. Bien joué par Jean-Pierre Aumont, le personnage de M. Jean représente un peu crédible service secret élyséen. Quant aux réseaux fascisants, sont-ils dans la réalité aussi efficace que Janus ? A la vérité, «La Java des ombres» est un film purement fantasmatique, et il vaut surtout par son atmosphère obsessionnelle, son ambiance désabusée, et par la description d’un ex-militant à la dérive, saisi par la paranoïa. Tcheky Karyo est étonnant dans ce rôle, de même que Franci Camus qui incarne Jérôme. On attendait mieux, mais c’est quand même une semi-réussite.

La cordeLa corde

Il y avait plus de vingt ans qu’on n’avait pas revu ce film d’Hitchcock lorsqu’il ressortit, l’année dernière, sur les écrans. Curieux film, puisqu’il repose entièrement sur un parti-pris technique qui est une véritable gageure : le Maître du suspense a complètement éliminé le montage, «Rope» est un film en un seul plan (sauf de petites tricheries : il fallait bien, de temps en temps, changer le magasin de pellicule). Idée folle qui reste unique dans les annales du cinéma, Hitchcock ayant, en quelque sorte, fait la preuve par l’absurde que le procédé n’apportait pas grand chose… Reste un suspense ambigu et pervers à souhait : deux jeunes gens, appliquant au pied de la lettre les théories nietzschéennes du surhomme et l’acte gratuit, assassinent un de leurs camarades, placent le cadavre dans un coffre, le recouvrent d’une nappe, et donnent le soir même une réception en l’honneur du défunt, invitant ses parents et sa fiancée… et aussi le professeur qui leur a imprudemment enseigné cette douteuse philosophie. Celui-ci n’est autre que James Stewart : lui seul comprendra tout… Comme toujours, l’humour noir d’Hitchcock fait merveille, on en a besoin pour ne pas étouffer dans l’atmosphère confinée de cet appartement situé en haut d’un immeuble de New York, et où la nuit tombe progressivement tandis que se noue et se dénoue l’intrigue criminelle. Un exploit macabre !