Bus d’acier 1985

novembre 17th, 2014

Le Bus d’acier, le grand prix du rock français, est une distinction désormais très convoitée. Trophée du Bus Palladium, la discothèque parisienne où se rencontrent depuis vingt ans ceux qui créent des sonorités à l’usage des fous de la danse, il est parrainé par le ministère de la Culture, eta réuni en 1985 un jury prestigieux, dont notre rédacteur en chef Laredj Karsala. C’est Etienne Daho qui a été l’heureux gagnant de ce Bus d’acier 1985. Souhaitons que ce prix lui ouvre une longue et fructueuse carrière.

GIGOLO * (Just a gigolo)

Just a gigoloUn jeune officier prussien se retrouve perdu dans un Berlin en ruines après l’armistice de 14-18. En pleine montée du nazisme, dans une société décadente où chacun lutte pour sa survie, lui l’aristocrate élevé dans le sens de l’honneur deviendra gigolo, au service d’une baronne (Marlène Dietrich), qui vend ses charmes aux riches dames de la société berlinoise. Tué lors d’une rixe, il se retrouvera sur un lit de parade au siège du parti nazi, qui en fera son martyr. David Hemmings a voulu, à travers l’histoire de Paul Von Pryzgodski, peindre l’atmosphère de ce Berlin de l’entre deux guerres, mélange inquiétant de plaisirs et d’affrontements quotidiens entre communistes et nazis. Bowie n’y est guère convaincant et la direction trop lâche des acteurs n’arrive pas à donner une consistance aux personnages. On s’ennuie devant ces belles images-clichés, un peu gêné devant la présence pathétique de l’ex-divine Marlène dont on se demande ce qu’elle est venue faire dans cette galère. Cette version amputée de 45 mn, ne laisse pas moins une impression d’inachevé, un peu comme si David Hemmings, impressionné par la personnalité de ses acteurs, les avait laissés faire. Reste un intérêt anecdotique : la présence de Bowie, son charme (ses costumes), la dernière apparition de Marlène et quelques belles reconstitutions de Berlin entre 1918 et 1928.

Histoire d’un clip

novembre 7th, 2014

Un chacha techno pop, Marcia Baïla, est entrain de devenir un bon tube français. La voix latinisante est celle de Catherine Ringer, le halètement électronique avec guitares flamencos a été composé par son partenaire Fred Chi-chin. Un duo qui opère depuis de nombreuses années sous le nom énigmatique de Rita Mitsouko et qui n’a, jusqu’à présent, rencontré qu’un intérêt poli de la critique. Même son premier album n’obtiendra qu’un succès de sympathie. Jusqu’à ce Marcia Baïla pourtant présent sur le 33 t. mais remixé pour les besoins du simple, et qui surtout aura la chance d’êtrere appuyé par un clip dont l’histoire mérite d’être contée. Au départ, une agence vidéo, Fondation 2, qui a notamment produit un BD-clip, Los Angeles, un album d’Enki Bilai et Pierre Christin mis en image par Jean-Michel Girones. Un beau film fait uniquement de bancs-titres animés avec, comme fond sonore, le Un autre monde du groupe Téléphone. Du côté de chez Fondation 2, un fonceur sans peur et sans complexes nommé Fabien Caux-Lahalle est pris d’un coup de foudre, à la fois pour la chanson de Rita Mitsouko et le scénario imaginé par Philippe Gauthier, un jeune cinéaste.Marcia Baïla Seul problème, la maison de disques, qui ne croit que moyennement, et pour cause, au succès possible de Marcia ne peut investir qu’une somme de 80 000francs, chiffre déjà remarquable pour un groupe qui vient de l’ombre et dont la musique est réputée «bizarre». Qu’à cela ne tienne et pour prouver qu’en France on n’a pas d’argent, mais qu’avec des idées on peut en trouver, ce producteur exécutif kamikaze va se mettre en quête de sponsors. Le premier, bien entendu, sera l’Octet, cet organisme qui au ministère de la Culture est chargé d’aider les projets «nouvelles images». Mais comme le budget se monte à 450 000 francs et que l’Octet a pour principe d’investir moins de 50 %, il faut trouver d’autres partenaires. Le synopsis prévoyant l’intégration de peintures, le Centre national des arts plastiques sera à son tour sollicité, de même que la Direction de la musique. Viendront s’ajouter au bouquet Dauphin-affichage qui offrira des emplacements gratuits dans Paris, et la Ratp, qui dans le cadre de sa campagne jeune, se joindra à l’opération. L’Octet pouvait alors verser sa quotte part. Seule dernière exigence : qu’un film sur le tournage soit aussi mis en boîte, un 13 mn appelé «Vidéo-portrait». Un mois et demi après le démarrage de l’opération et non sans avoir aussi convaincu les papeteries Aussedat Rey (pour l’affiche), Fabien Caux-Lahalle réussissait son invraisemblable pari. Le clip Marcia Baïla voyait le jour et venait même s’afficher sur 150 panneaux de 4 m sur 3 dans Paris et sur les quais de métro. Du jamais vu. Production du clip, film sur le tournage, affichage, emplacement Dauphin plus Ratp et l’on frise le million de francs : un coup de cœur qui devient un super coup médiatique et, ce qui ne gâche rien, un bien beau clip. Et il y a une esthétique du clip français : une image raffinée, un montage plus long des plans, une sophistication très proche du film de pub. Marcia Baïla a aussi ces qualités : dans un décor changeant, fait de tableaux (intervention de peintures mode dont Ricardo Mosner), le duo rend hommage à une danseuse, Marcia Moretto. D’où une comédie musicale avec sept danseurs et Catherine/Rita qui exécute une chorégraphie «mécanique» habillée suivant les plans par Jean-Paul Gaultieret Thierry Mugler. C’est très chic et mode comme une pub pour un parfum, la chanson et le phrasé «latino», la présence impressionnante de la chanteuse apportant un supplément d’âme, et venant rompre avec le côté léché et graphique de la réalisation. Malheureusement, ce clip réussi est victime à son tour du conflit TV — compagnies discographiques qui s’éternise. Seuls les abonnés de Canal + ont eu la chance de le voir. Ce qui a obligé les gens de Fondation 2 à trouver d’autres solutions : le film sera montré dans les salles de cinéma en programme d’accompagnement de deux longs métrages fin mai, début juin. Ce même conflit ne vous permettra pas de savourer le travail du plus célèbre de nos vidéoclipeurs, Mondino. Après Don Henley, l’ex-Eagles, il vient d’accrocher à son tableau de chasse l’ex-leader de Roxy Music devenu artiste solo, Bryan Ferry. Un Bryan Ferry qui fut séduit comme tant d’autres en découvrant, sur MTV, le clip d’Axel Bauer, Cargo de nuit. Il fera donc appel à Mondino pour la chanson fétiche Slave to love extraite de son album à paraître. Boys and girls. Pour le tournage, qui eut lieu dans la banlieue parisienne ; Mondino fût laissé entièrement libre. Une énorme responsabilité pour notre Jean-Baptiste national puisque le crooner anglais a peaufiné pendant de nombreux mois son disque, décidé à conquérir définitivement les USA encore rebelles à sa séduction. On se souvient du somptueux Avalon, un must clippé de 83. Mondino se devait de faire aussi bien et même encore mieux. Mission accomplie. Ce Slave to love, dans la veine romantique qu’affectionne maintenant Bryan Ferry, est une dérive sentimentale, coulée. D’où l’importance des éclairages. Et Mondino, photographe de talent, réussit à habiller les images de teintes, d’ombres, de contre-jour qui donnent une atmosphère sexy-chic. Un film sans véritable histoire (pour lequel Bryan Ferry n’est pas le personnage principal), une variation sur le thème de l’attente amoureuse, de l’absence, avec de magnifiques créatures alanguies, rêveuses sur des lits défaits pendant que la star est pourchassée à sa descente d’avion par des photographes. Il ya dans le cadrage, les plans sophistiqués et le travail admirable des lumières, cette fameuse spécificité française qui, là encore, renvoie au monde de la pub. En tout cas un décalage parfait avec les vidéos anglo-saxonnes et qui pourrait plaire outre-Atlantique où l’on n’est pas habitué à ce «touch of class». Jusqu’au plan final de Ferry dansant avec dans les bras une enfant blonde endormie : la voix se fait caresse et les sons tournent souplement, valse «moderne»qui devrait au pire connaître le même succès qu’Avalon. Et le clip en est le support filmé idéal. Une chance aussi pour Jean-Baptiste Mondino de réussir sa percée sur le marché américain des faiseurs d’images pour vedettes de la chanson. Un pays où l’histoire de la production du clip de Rita Mitsouko peut faire sourire ou plus encore étonner. Reste que, quelles que soient les conditions de production, nos clips ont rejoint et même parfois dépassé ceux des pays anglo-saxons. Comme dans le domaine de la pub, la France pourrait très bien devenir un grand pays de vidéoclipeurs, Il faudrait seulement que les budgets suivent. Et là on se heurte à des problèmes de marché. Un casse-tête quasiment insoluble à moins de tenter, comme le fait Rita Mitsouko, l’aventure japonaise, le vidéoclip de Philippe Gauthier sous le bras.