La java des ombres

août 11th, 2014

La java des ombresEn 1983, un ancien militant d’extrême-gauche, Xavier, est libéré grâce à l’intervention de M. Jean, nouveau responsable des services secrets. But de la manœuvre : démanteler l’organisation d’extrême-droite Janus. En effet, un tueur de Janus a tué jadis le meilleur copain de Xavier, qui n’a qu’une idée en tête : se venger. L’opération tourne à la catastrophe… Romain Goupil avait évoqué Mai 68 et la période qui suivit dans «Mourir à trente ans», qui impressionna beaucoup au Festival de Cannes en 1982. Il reprend ici les mêmes thèmes, mais à travers une fiction politico-policière qui n’est pas absolument convaincante. Bien joué par Jean-Pierre Aumont, le personnage de M. Jean représente un peu crédible service secret élyséen. Quant aux réseaux fascisants, sont-ils dans la réalité aussi efficace que Janus ? A la vérité, «La Java des ombres» est un film purement fantasmatique, et il vaut surtout par son atmosphère obsessionnelle, son ambiance désabusée, et par la description d’un ex-militant à la dérive, saisi par la paranoïa. Tcheky Karyo est étonnant dans ce rôle, de même que Franci Camus qui incarne Jérôme. On attendait mieux, mais c’est quand même une semi-réussite.

La cordeLa corde

Il y avait plus de vingt ans qu’on n’avait pas revu ce film d’Hitchcock lorsqu’il ressortit, l’année dernière, sur les écrans. Curieux film, puisqu’il repose entièrement sur un parti-pris technique qui est une véritable gageure : le Maître du suspense a complètement éliminé le montage, «Rope» est un film en un seul plan (sauf de petites tricheries : il fallait bien, de temps en temps, changer le magasin de pellicule). Idée folle qui reste unique dans les annales du cinéma, Hitchcock ayant, en quelque sorte, fait la preuve par l’absurde que le procédé n’apportait pas grand chose… Reste un suspense ambigu et pervers à souhait : deux jeunes gens, appliquant au pied de la lettre les théories nietzschéennes du surhomme et l’acte gratuit, assassinent un de leurs camarades, placent le cadavre dans un coffre, le recouvrent d’une nappe, et donnent le soir même une réception en l’honneur du défunt, invitant ses parents et sa fiancée… et aussi le professeur qui leur a imprudemment enseigné cette douteuse philosophie. Celui-ci n’est autre que James Stewart : lui seul comprendra tout… Comme toujours, l’humour noir d’Hitchcock fait merveille, on en a besoin pour ne pas étouffer dans l’atmosphère confinée de cet appartement situé en haut d’un immeuble de New York, et où la nuit tombe progressivement tandis que se noue et se dénoue l’intrigue criminelle. Un exploit macabre !

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